Les Voyages de la Saucisse FR · EN
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Nº 043 / 144

Sobrassada de Mallorca

Péninsule Ibérique / Espagne / Baléares

Saucisse à tartiner de Majorque, dont la proportion de matière grasse et de pimentón produit une pâte rouge onctueuse qui ne se solidifie jamais. La sobrassada de cerdo negro (porc noir majorquin) bénéficie d’une IGP.

Ingrédients (pour 1 kg de mêlée)
Porc gras (poitrine, gorge)700 g
Maigre de porc (épaule)300 g
Sel fin25 g
Pimentón doux (tap de cortí)60 g
Pimentón fort (coent)10 g
Poivre noir moulu3 g
Boyau de porc épais ou baudruche—
Recette
  1. Préparation : La sobrassada présente une teneur élevée en matières grasses (environ 70 %). Couper les viandes en cubes, puis les laisser refroidir au maximum.
  2. Hachage : Hacher très finement à la grille de 3 à 4 mm, puis repasser si nécessaire pour obtenir une pâte quasi lisse.
  3. Assaisonnement : Mélanger la viande avec le sel et le pimentón. La teneur en pimentón est très élevée (environ 7 % du poids total). Pétrir longuement jusqu’à obtenir une pâte rouge homogène et crémeuse.
  4. Repos : Laisser reposer 24 h au réfrigérateur.
  5. Embossage : Embosser dans des boyaux naturels épais (intestin grêle épais, caecum ou baudruche). Former des saucisses de tailles différentes, selon la tradition.
  6. Maturation : Suspendre dans un endroit frais et sec (15-18 °C, 70-80 % d'HR) pendant 3 à 4 semaines. La sobrassada sèche lentement tout en restant tartinable.
  7. Consommation : Tartiner sur du pain grillé (pa amb oli), étaler sur des pizzas, ou encore ajouter à des viandes et des légumes.
Notes

La sobrassada est l’une des rares préparations charcutières européennes dont la texture est crémeuse et tartinable à température ambiante, sans cuisson préalable. La combinaison d’une proportion de gras très élevée et d’une concentration en pimentón supérieure à celle de toutes les autres saucisses espagnoles crée une pâte rouge onctueuse qui fond doucement à la chaleur sans jamais se solidifier.

Les îles Baléares, et Majorque en particulier, ont développé la sobrassada dans un contexte géographique et climatique spécifique. L’île, entourée de mer et soumise à des hivers doux, ne permettait pas les longs séchages à froid propres aux charcuteries continentales. La sobrassada est une réponse technique à cette contrainte : la concentration en sel, en pimentón (dont les propriétés antiseptiques naturelles ralentissent la prolifération bactérienne) et en graisses saturées crée un environnement défavorable au développement microbien, permettant une conservation de plusieurs mois à température ambiante dans un endroit frais. Cette logique de conservation par la concentration en sel et en piment est comparable à celle de la nduja calabraise, avec laquelle la sobrassada partage une analogie fonctionnelle malgré des origines et des profils aromatiques entièrement différents.

L’histoire de la sobrassada est directement liée à celle du pimentón dans la cuisine majorquine. Avant l’introduction du paprika, rapporté des Amériques par les expéditions espagnoles du XVIe siècle, les préparations de porc salé et séché des Baléares étaient assaisonnées de poivre noir et d’épices médiévales. Le passage au pimentón, documenté dès le XVIIe siècle dans les archives monastiques majorquines, transforma radicalement la charcuterie locale : le paprika, plus abondant et moins coûteux que le poivre importé, fut massivement adopté, en quantités bien supérieures à celles pratiquées sur le continent, créant la formule qui définit encore aujourd’hui la sobrassada.

Le pimentón utilisé dans la recette traditionnelle est le tap de cortí, un pimentón doux, obtenu à partir d’une variété de poivron rouge cultivée dans les plaines du centre de Majorque depuis le XVIIe siècle. Ce pimentón local, plus sucré et plus aromatique que le pimentón de la Vera continental, est l’ingrédient clé de la sobrassada de Mallorca IGP et ne peut pas être remplacé dans la version protégée. Son association avec une proportion moindre de pimentón coent (fort) crée l’équilibre entre douceur et légère chaleur qui distingue la sobrassada majorquine des imitations continentales.

La version au porc noir majorquin, race autochtone des Baléares, est la plus recherchée. Ce porc, élevé en semi-liberté dans les garrigues de l’île et nourri de figues, de carottes et de glands, produit une viande plus grasse et plus persillée que celle des races commerciales. L’IGP Sobrassada de Mallorca, établie en 1993, encadre les conditions de production ; elle comporte deux dénominations distinctes, la sobrassada de Mallorca standard et la Sobrassada de Mallorca de Porc Negre. Sa production est limitée par le faible effectif de la race et son prix est nettement supérieur à celui de la version courante.

La sobrassada se consomme de multiples façons dans la cuisine majorquine. La plus courante est le pa amb sobrassada : pain grillé, frotté d’huile d’olive et tartiné de sobrasasda, parfois accompagné de miel. Elle est également fondue sur du pain grillé au four, incorporée dans des coques (tartes salées locales), étalée sur des pizzas ou des viandes avant cuisson, ou utilisée comme base aromatique pour des sauces et des ragoûts. Sa diffusion internationale dans les années 2010, portée par l’intérêt pour les produits ibériques et méditerranéens, l’a rendue accessible dans les épiceries fines et les restaurants de toute l’Europe et d’Amérique du Nord.

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