Black Pudding
Boudin noir britannique, auquel l’ajout d’avoine ou d’orge confère une consistance plus ferme que celle de son cousin français. Ceux de Bury (Lancashire) et de Stornoway (Écosse, IGP) sont les plus connus.
| Sang de porc frais | 400 ml |
| Gruau d’avoine ou d’orge cuit | 250 g |
| Graisse de porc en dés | 200 g |
| Oignon émincé, cuit | 100 g |
| Sel fin | 15 g |
| Poivre noir moulu | 3 g |
| Piment de la Jamaïque | 2 g |
| Menthe séchée | 2 g |
| Thym séché | 1 g |
| Boyau de bœuf (Ø 50-60 mm) | — |
- Préparation du gruau : Cuire l’avoine ou l’orge dans de l’eau salée jusqu’à absorption. Refroidir.
- Préparation du gras : Couper la graisse en petits dés. Faire revenir légèrement les oignons.
- Mélange : Battre le sang. Incorporer le gruau, le gras, les oignons et toutes les épices. La texture doit être épaisse.
- Embossage : Embosser dans le gros boyau sans trop serrer. Former des portions de 20-25 cm. Ficeler.
- Pochage : Cuire à 80 °C pendant 45 à 60 minutes.
- Service : Trancher et frire jusqu’à ce que ce soit croustillant. Élément incontournable du Full English Breakfast.
Le black pudding est l’une des préparations charcutières les plus anciennement documentées de la cuisine britannique. La valorisation du sang après abattage est un geste universel, attesté dans les textes grecs dès le VIIIe siècle avant notre ère ; l’Odyssée mentionne une panse de chèvre farcie de sang et de graisse rôtie sur un feu, que plusieurs commentateurs tiennent pour la première description écrite d’un boudin noir. En Grande-Bretagne, les premières recettes explicitement nommées apparaissent au XVe siècle, bien que la pratique soit très probablement antérieure. Le black pudding de Bury, dans le Lancashire, revendique une tradition ininterrompue depuis le Moyen Âge ; la persistance de la recette locale, documentée sur plusieurs siècles, rend cette affirmation plausible.
L’emploi de céréales à grains entiers est le trait qui distingue le black pudding du boudin noir français. Le boudin français lisse le sang avec de la crème, des oignons et des épices douces ; le black pudding incorpore de l’avoine ou de l’orge perlé, qui lui donne une texture granuleuse et ferme, capable de se maintenir en tranche et de former une croûte dorée à la poêle. L’avoine était la céréale la plus abondante et la moins coûteuse du nord de l’Angleterre et de l’Écosse, et la composition du black pudding dans ces régions en découle directement. Le sang, hautement périssable, devait être transformé dans les heures qui suivait l’abattage. Mélangé aux céréales, aux graisses et aux épices disponibles, il devenait un aliment dense, calorique et conservable. Cette origine utilitaire lui valut longtemps une position basse dans les hiérarchies culinaires britanniques, en tant qu’aliment des classes populaires et des repas de travail.
Les deux variantes les plus reconnues présentent des profils distincts. Le Bury black pudding qui utilise de l’orge perlé, présente une texture serrée et une saveur relativement douce. Il est considéré comme la version de référence en Angleterre et se vend sur le marché couvert de la ville. Le Stornoway black pudding, dans les Hébrides extérieures, bénéficie d’une IGP depuis 2013. Plus riche et plus fortement épicé, il utilise du sang de bœuf ou d’agneau selon les bouchers, avec une proportion élevée de graisse ovine, propre aux élevages locaux. L’obtention de cette IGP a été défendue par les producteurs insulaires pour des raisons autant économiques qu’identitaires.
Sa réhabilitation gastronomique remonte aux années 1990. Fergus Henderson (célèbre chef anglais), en ouvrant le restaurant le St. John à Londres en 1994, a fait du nose-to-tail eating un programme culinaire et repositionné le black pudding comme ingrédient de restaurant. Il apparaît aujourd’hui associé à des coquilles Saint-Jacques, du foie gras ou des pommes confites, des combinaisons qui mettent en valeur sa richesse en fer et sa texture grenue. Cette évolution s’inscrit dans le mouvement plus large de la réhabilitation des abats dans la cuisine britannique contemporaine.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.