Les Voyages de la Saucisse FR · EN
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Nº 062 / 144

Blóðmör

Europe du Nord & Scandinavie / Islande

Boudin noir islandais, cuit dans une panse de mouton, avec du suif et de la farine de seigle. Il fait partie du þorramatur, un assortiment de préparations traditionnelles servies pendant le mois de Þorri (janvier-février), dont la rudesse revendiquée tient lieu de fierté nationale.

Ingrédients (pour 1 kg de mêlée)
Sang de mouton frais400 ml
Suif de mouton250 g
Farine de seigle200 g
Flocons d’avoine100 g
Sel fin18 g
Poivre noir moulu3 g
Thym séché2 g
Oignon haché (facultatif)50 g
Panse de mouton (ou boyau large)—
Recette
  1. Préparation de la panse : Nettoyer minutieusement la panse de mouton. La retourner, gratter et laver à plusieurs reprises. Faire tremper pendant 24 h dans l’eau salée.
  2. Préparation du suif : Couper le suif de mouton en petits dés.
  3. Mélange : Battre le sang pour le fluidifier. Incorporer la farine de seigle, les flocons d’avoine, le suif, l’oignon et les assaisonnements. La consistance doit être épaisse mais coulante.
  4. Embossage : Remplir la panse aux 2/3 (le blóðmör gonfle). Coudre solidement l’ouverture.
  5. Pochage : Cuire dans de l’eau frémissante pendant 2-3 h. Piquer délicatement si des bulles se forment.
  6. Refroidissement : Laisser refroidir dans le liquide puis réfrigérer.
  7. Service : Trancher et servir froid ou réchauffer doucement. Fait partie du Þorramatur servi lors de Þorrablót (fête du milieu de l’hiver).
Notes

Le nom blóðmör réunit deux mots du vieux norrois, blóð, le sang, et mör, le suif de mouton. La dénomination désigne donc à la fois le liquide et la graisse de la mêlée, alors que la plupart des boudins ne retiennent que le sang.

Le produit relève du slátur, terme qui signifie « abattage » et désigne l'ensemble formé par le blóðmör et la lifrarpylsa, la saucisse de foie. La fabrication suivait l'abattage d'automne : les hommes tuaient les bêtes redescendues des pâturages d'altitude, tandis que les femmes et les enfants transformaient le sang et les abats dans les heures suivantes. Le seigle assure la liaison et fonce la teinte ; l'avoine s'y ajoute selon les recettes. L'assaisonnement reste sobre (sel, parfois un peu de poivre ou de thym), sans le mélange d'épices des black puddings britanniques, ce qui donne une chair plus lisse et plus neutre.

L'enveloppe traditionnelle est la panse du mouton, cousue après remplissage, point commun avec le haggis écossais, qui tient au contenant et à la logique d'emploi complet de la bête, et non à sa composition. Les fabrications modernes recourent souvent à un boyau artificiel.

Le suif fige au refroidissement et donne au boudin une fermeté tranchable, sans assurer la conservation. Celle-ci reposait sur l'immersion dans le petit-lait fermenté (súr), méthode islandaise de stockage hivernal, le sel et le fumage offrant des variantes régionales. Le saumurage prolongé rend la chair friable et lui imprime un goût aigre devenu peu familier : les buffets de þorrablót présentent aujourd'hui, sur des plateaux distincts, une version sûre et une version fraîche du même boudin. Préparé jadis à la ferme aussitôt après l'abattage, le blóðmör est désormais produit industriellement et vendu toute l'année.

Le livre

Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.

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