Vėdarai
Saucisse lituanienne dont l’ingrédient principal n’est ni la viande ni le sang, mais la pomme de terre crue râpée. Embossée dans un gros boyau avec du lard, rôtie au four jusqu’à ce que la croûte soit dorée, puis servie avec de la crème aigre.
| Pommes de terre crues, pelées et râpées finement | 700 g |
| Lard de porc en petits dés | 150 g |
| Lardons fumés (bacon), frits | 80 g |
| Oignon haché finement | 60 g |
| Sel fin | 12 g |
| Poivre noir moulu | 3 g |
| Marjolaine séchée | 4 g |
| Boyau de porc large (Ø 40-45 mm) | — |
- Préparation des pommes de terre : Peler et râper les pommes de terre sur la grille la plus fine. Presser dans un linge propre pour en extraire l’excédent de liquide. Réserver le liquide pendant quelques minutes : l’amidon se dépose au fond. Jeter l’eau, récupérer l’amidon, puis le réincorporer aux pommes de terre râpées.
- Préparation des lardons : Faire frire les lardons fumés avec l’oignon haché dans une poêle à feu moyen jusqu’à coloration dorée. Réserver avec la graisse de cuisson.
- Mélange : Dans un grand saladier, mélanger les pommes de terre râpées, les dés de lard cru, les lardons frits avec leur graisse, le sel, le poivre et la marjolaine. Mélanger jusqu’à obtenir une farce homogène.
- Embossage : Rincer les boyaux de porc à l’eau froide. Embosser la farce sans trop serrer (les pommes de terre gonflent à la cuisson) pour former des saucisses de 15 à 20 cm de long. Fermer chaque extrémité avec de la ficelle.
- Pochage : Plonger les saucisses dans une grande marmite d’eau frémissante légèrement salée. Pocher à 80 °C pendant 30 à 40 minutes. Les saucisses sont prêtes quand elles remontent à la surface et sont fermes au toucher.
- Cuisson au four : Disposer les saucisses pochées dans un plat à four graissé. Badigeonner de beurre fondu ou de graisse de lard. Rôtir à 190 °C pendant 30 à 40 minutes en retournant à mi-cuisson, jusqu’à obtenir une peau uniformément dorée et croustillante.
- Service : Servir chaud, coupé en tronçons, avec une cuillerée de crème aigre (grietinė) et des spirgučiai (lardons croustillants) émiettés dessus.
Les vėdarai (pluriel de vėdaras) sont les rares saucisses d’Europe dont l’ingrédient principal n’est ni la viande ni le sang mais un légume-racine. Le terme vėdaras désigne à la fois le boyau (au sens littéral, l’intestin) et la préparation elle-même. Il en existe deux types : les bulviniai vėdarai (à la pomme de terre, qui font l’objet de cette fiche) et les kraujiniai vėdarai (au sang et à l’orge, proches du verivorst estonien et de la kaszanka polonaise).
L’apparition des vėdarai de pommes de terre est liée à la diffusion de la pomme de terre en Lituanie, qui ne s’est généralisée qu’aux XVIIIe et XIXe siècles. Avant cette date, les vėdarai étaient des boudins céréaliers à l’orge ou au sarrasin. La pomme de terre, moins chère que les céréales, a permis aux paysans lituaniens de produire une saucisse nourrissante à base d’un ingrédient abondant. Le passage du grain à la pomme de terre a transformé la texture du produit : le vėdaras de pommes de terre présente un intérieur crémeux et fondant, tandis que les boudins céréaliers sont granuleux.
Le point technique central porte sur le traitement de la pomme de terre crue. Le râpage très fin libère de l’eau et de l’amidon ; l’essorage dans un linge retire l’excédent d’eau, mais l’amidon récupéré au fond du liquide est réincorporé à la farce, car c’est lui qui assure la liaison à la cuisson. Sans cette étape, la farce se déliterait dans le boyau pendant le pochage. La marjolaine est l’herbe aromatique commune à l’ensemble de la charcuterie balte, que l’on retrouve donc dans le vėdaras.
Les vėdarai sont présents dans toute la Lituanie, avec des variations régionales modestes. En Aukštaitija (au nord-est), la proportion de lard est plus élevée et la marjolaine plus généreuse. En Žemaitija (Samogitie, au nord-ouest), certaines versions intègrent du gruau d’orge mélangé à des pommes de terre. Des préparations apparentées existent dans les pays voisins : la kiszka ziemniaczana polonaise (particulièrement dans le Podlasie et la Suwalszczyzna, régions frontalières), la bulbianaja kishka biélorusse et la kartoffelwurst allemande, qui utilisent toutefois des pommes de terre cuites et non crues.
Les vėdarai se consomment traditionnellement lors des repas familiaux d’hiver, accompagnés de crème aigre (grietinė) et de spirgučiai (lardons grillés émiettés). Ils figurent dans les repas de fête, notamment à Noël et lors des kūčios (réveillon lituanien), où ils côtoient d’autres plats à base de pommes de terre comme le kugelis (gratin de pommes de terre) et les cepelinai (gnocchi farcis). La pomme de terre est le fil conducteur de la cuisine lituanienne, et le vėdaras en est l’expression charcutière.
Les vėdarai connaissent un regain d’intérêt en Lituanie depuis les années 2000. Plusieurs restaurants de Vilnius les inscrivent sur leur carte comme plats de la cuisine patrimoniale, parfois dans des versions modernisées (farce enrichie de champignons, de sarrasin ou de fromage blanc). La diaspora lituanienne de Chicago, la plus importante hors d’Europe, perpétue la tradition dans les restaurants et les épiceries lituaniennes du quartier de Marquette Park. Les vėdarai ne sont pas connus hors des communautés lituaniennes et baltes.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.