Andouillette
Saucisse de chaudins de porc (le gros intestin), découpés en lanières dans le sens de la longueur et dressés à la main dans un boyau naturel. L’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique (AAAAA) décerne un label 5A aux productions jugées conformes à la tradition.
| Chaudin de porc (gros intestin) | 900 g |
| Sel fin | 18 g |
| Poivre noir moulu | 3 g |
| Oignon émincé | 50 g |
| Vin blanc sec | 50 ml |
| Moutarde de Dijon | 15 g |
| Boyau de porc (chaudin) pour l’embossage | 1 jeu |
- Nettoyage : Nettoyer soigneusement les chaudins à l’eau courante. Les retourner, les gratter, puis les laisser dégorger. Blanchir une ou plusieurs fois pour atténuer l’odeur, si souhaité.
- Première cuisson : Cuire les chaudins dans un court-bouillon aromatique (oignon, carotte, bouquet garni) pendant 3 à 4 h, jusqu’à tendreté.
- Découpe : Détailler les chaudins en lanières fines, dans le sens de la longueur, de 8 à 10 cm.
- Assaisonnement : Mélanger les lanières avec le sel, le poivre, l’oignon, le vin blanc et la moutarde. Laisser macérer au frais.
- Dressage et embossage : Aligner les lanières et les dresser à la main dans le boyau, en les disposant dans la longueur. Former des portions régulières.
- Pochage : Pocher longuement dans le court-bouillon frémissant, plusieurs heures (environ 5 h selon la tradition troyenne), sans laisser bouillir.
- Finition : Refroidir, puis griller ou poêler jusqu’à ce que la peau soit dorée.
L'andouillette est une préparation charcutière composée de chaudin de porc, le gros intestin, découpé en lanières et embossé dans un boyau. L'ingrédient central est le chaudin, embossé en lanières plutôt que haché, ce qui confère à la coupe une texture fibreuse, distincte de celle des autres saucisses du répertoire français.
Le mot andouillette est un diminutif d'andouille, attesté en français dès le XIIe siècle, dont l'étymologie remonte au latin inducere, c'est-à-dire « introduire la préparation dans un boyau ». La distinction entre andouille et andouillette est une question de taille et de mode de consommation : l'andouille est un produit de grande taille, souvent fumée, et le plus souvent consommée froide en tranches ; l'andouillette est plus petite, pochée puis grillée, servie chaude.
Les corporations de tripiers et de charcutiers, dont l'existence est attestée à Paris dès le XIIIe siècle, étaient les principaux producteurs d'andouillettes, le travail des tripes et des boyaux constituant leur spécialité exclusive, distincte de celle des bouchers. Les premières recettes documentées d'andouillette remontent au XVe siècle dans des recueils culinaires français, où elles apparaissent sous des noms variés selon les régions.
La technique dite « tirée à la ficelle », utilisée dans la version troyenne, consiste à insérer les lanières à l'aide d'une ficelle, ce qui leur confère un aspect torsadé visible à la coupe. Ce procédé artisanal requiert un savoir-faire spécifique et constitue l'un des critères du label AAAAA.
Les variantes régionales sont nombreuses et leurs différences sont importantes :
L'andouillette de Troyes est principalement composée de chaudins et constitue la référence nationale implicite.
L'andouillette lyonnaise se distingue par une coupe plus régulière et une texture plus compacte.
L'andouillette de Cambrai peut être fumée, ce qui la rapproche de certaines charcuteries d'Europe du Nord.
L'andouillette de Rouen utilisait historiquement de la fraise de veau en complément du chaudin, matière première aujourd'hui difficile à trouver et en voie de disparition dans les productions commerciales.
L'andouillette de Jargeau, dans le Loiret, est, elle aussi, essentiellement composée de chaudin. Elle est fréquemment confondue avec l'andouille de Jargeau, produit voisin mais distinct, constitué majoritairement de maigre de porc (épaule et poitrine), que le Code des usages de la charcuterie classe dans une catégorie séparée.
Aucune de ces variantes ne bénéficie d'une protection géographique européenne. L'AAAAA, l'Association Amicale des Amateurs d'Andouillette Authentique, fondée en 1970, délivre un label officieux qui distingue les productions artisanales de haute qualité, sans contrainte géographique. Ce label n'a aucune valeur réglementaire au sens européen, mais il est reconnu dans le milieu professionnel comme un indicateur de qualité. Une andouillette labellisée 5A est composée de chaudins de porc sans adjonction d'abats de substitution. L'absence de protection officielle européenne contribue à une homogénéisation progressive des procédés de fabrication, en direction d'un modèle proche de la version troyenne.
L'andouillette est l'une des rares charcuteries françaises à susciter un rejet aussi marqué qu'un attachement fort ; son odeur puissante, liée à la nature même de la matière première, en fait un marqueur gastronomique qui divise.
Rabelais évoque les andouilles dans son Gargantua (1534), où Grandgousier disposait en permanence d'« andouilles en abondance, quand c'était la saison », ce qui témoigne de l'ancienne association des tripes et des boyaux dans l'imaginaire populaire. Elle est consommée grillée, accompagnée de moutarde de Dijon, de vin blanc ou de Chablis, selon les traditions régionales. Sa diffusion hors de France reste marginale, son profil aromatique n'ayant pas trouvé de marché significatif à l'international.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.