Bangers
Le nom date du rationnement de la Seconde Guerre mondiale : les charcutiers compensaient le manque de viande par un excès d’eau et de rusk (chapelure séchée), ce qui faisait éclater les saucisses dans la poêle (to bang).
| Épaule de porc maigre | 700 g |
| Poitrine de porc | 200 g |
| Rusk ou chapelure | 80 g |
| Eau glacée | 100 ml |
| Sel fin | 16 g |
| Poivre blanc moulu | 2 g |
| Muscade râpée | 1 g |
| Gingembre moulu | 0,5 g |
| Boyau de porc (Ø 28-32 mm) | — |
- Préparation : Hydrater le rusk dans de l’eau glacée pendant 10 minutes.
- Hachage : Hacher les viandes à la grille de 6 à 8 mm.
- Mélange : Incorporer le rusk hydraté et les épices à la viande. Pétrir pour bien lier.
- Embossage : Embosser en formant des saucisses de 10 à 12 cm.
- Cuisson : Griller ou poêler à feu moyen pendant 12 à 15 minutes. Les bangers ont tendance à éclater : ne pas les piquer et cuire à feu modéré.
- Service : Le classique Bangers and Mash : saucisses avec purée et gravy aux oignons.
Le terme « bangers » naît dans les années 1940, pendant le rationnement de la Seconde Guerre mondiale. La viande de porc étant rationnée, les charcutiers britanniques compensèrent le manque en augmentant la proportion d’eau, de rusk (chapelure séchée à base de pain) et de farine dans leurs saucisses. Ce remplissage excessif avait pour conséquence directe, lors de la cuisson, que les saucisses, gorgées d’humidité, éclataient en sifflant dans la poêle. Le bruit produit lui donna son nom populaire, qui s’imposa durablement dans le langage courant bien après la fin du rationnement.
La teneur minimale en viande fixée par la législation britannique pour les saucisses de porc, fixée à 42 %, est l’une des plus faibles d’Europe. Cette proportion, inférieure aux normes françaises et allemandes, correspond à un segment de marché distinct : celui du petit-déjeuner quotidien, des cantines scolaires et de la restauration populaire. La différence de norme réglementaire reflète une conception différente de ce qu’une saucisse doit être dans un contexte de consommation de masse. Le banger n’est pas conçu comme une pièce charcutière autonome, mais comme un composant d’un plat assemblé, dont le gravy constitue l’élément aromatique dominant.
La proportion élevée de rusk et d’eau dans la mêlée produit une texture moelleuse et absorbante, particulièrement adaptée à la cuisson dans la sauce. Cette texture la rend indissociable du Bangers and Mash, des saucisses, de la purée de pommes de terre et de la sauce gravy aux oignons, plat présent dans les menus des pubs depuis le début du XXe siècle, sans discontinuité notable.
Les boucheries artisanales britanniques produisent des versions à teneur en viande nettement plus élevée, avec 70 à 80 % de porc, et des assaisonnements personnalisés incluant de la sauge fraîche, du poivre de Cayenne ou des herbes régionales. Le concours annuel du Great British Banger, organisé par la National Craft Butchers Association, récompense chaque année les meilleures créations artisanales dans plusieurs catégories : traditionnelles, innovantes, au gibier et végétales. Ces productions artisanales constituent un segment distinct du marché, distribuées principalement dans les boucheries indépendantes et les marchés fermiers.
En Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada anglophone, des saucisses proches du banger sont produites localement sous des noms propres, comme le snag australien ou l’Irish breakfast sausage.
La colonisation a aussi permis à cette saucisse d’être largement diffusée : dans toute l’Afrique anglophone, dans les Caraïbes et en Asie du Sud-Est britannique, la saucisse industrielle à forte proportion de rusk et de liants s’est implantée comme produit bon marché et s’y est maintenue après les indépendances. La safari sausage kenyane, mentionnée dans la section Afrique, en dérive directement. Hors du monde anglophone, le banger reste méconnu, et la version artisanale de qualité peine à se distinguer de sa version industrielle dans l’imaginaire gastronomique international, malgré un renouveau documenté au sein des circuits de boucherie artisanale britannique depuis les années 2000.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.