Les Voyages de la Saucisse FR · EN
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Nº 069 / 144

Cârnați de casă

Europe de l’Est et Centrale / Roumanie

Saucisse de porc à l’ail et au cimbru (sarriette), préparée lors de l’Ignat, l’abattage du cochon pratiqué le 20 décembre dans les fermes roumaines. Chaque famille défend sa recette ; la quantité d’ail est le sujet de discorde le plus fréquent.

Ingrédients (pour 1 kg de mêlée)
Épaule de porc maigre500 g
Poitrine de porc300 g
Lard de dos (slănină)200 g
Sel fin20 g
Ail frais écrasé20 g
Poivre noir moulu4 g
Cimbru (sarriette séchée)3 g
Paprika doux (boia dulce)8 g
Piment fort (boia iute, facultatif)2 g
Bouillon de porc froid60 ml
Boyau de porc (Ø 32-36 mm)—
Recette
  1. Préparation : Couper les viandes et le lard en cubes de 3 cm. Réfrigérer à 0 °C pendant 2 heures.
  2. Hachage : Hacher à la grille de 8 à 10 mm. Le hachage est grossier : les morceaux de viande et de gras doivent rester visibles à la coupe. Certaines traditions familiales privilégient le hachage au couteau plutôt qu’au hachoir, pour un grain encore plus irrégulier.
  3. Assaisonnement : Écraser l’ail avec le sel pour former une pâte. Incorporer cette pâte aux viandes avec le poivre, le cimbru, le paprika et le bouillon froid. Pétrir pendant 4 à 5 minutes.
  4. Repos : Couvrir et réfrigérer pendant 12 à 24 heures. Ce repos permet à l’ail et au cimbru de pénétrer dans la viande.
  5. Embossage : Embosser dans les boyaux de porc. Former des saucisses de 15 à 20 cm, torsadées ou ficelées aux extrémités.
  6. Séchage (version fraîche) : Suspendre pendant 6 à 12 heures dans un endroit frais pour laisser la peau sécher. Cuire dans les jours qui suivent : poêler, griller ou frire.
  7. Fumage (version fumée) : Fumer à froid au bois de hêtre ou de pommier pendant 2 à 4 jours. Poursuivre le séchage pendant 1 à 2 semaines dans un cellier frais (10-15 °C).
  8. Conservation : La version fumée se conserve dans du saindoux fondu (untură) dans un bocal pendant plusieurs semaines.
  9. Service : Poêler ou griller jusqu’à coloration dorée. Servir avec de la mămăligă (polenta de maïs), des cornichons (murături), de la moutarde et de la crème aigre (smântână).
Notes

Le mot cârnați (pluriel de cârnat) désigne en roumain toute saucisse de viande hachée embossée dans un boyau naturel. Le qualificatif de casă (maison) distingue la version artisanale et familiale des productions industrielles. Il n’existe pas de recette officielle : chaque famille transmet la sienne, et les proportions varient d’une région à l’autre. Ce qui reste constant, c’est le socle : porc, ail en quantité généreuse, cimbru (sarriette), paprika, boyau naturel.

Le cimbru (Satureja hortensis) est l’herbe qui distingue les cârnați roumains de ceux de leurs voisins. La sarriette est utilisée en Roumanie dans la charcuterie, bien plus souvent que dans les pays limitrophes. Les saucisses hongroises privilégient la marjolaine et le paprika ; les Serbes, le paprika seul ; les Bulgares, le cumin. Le cimbru donne aux cârnați une note poivrée, légèrement mentholée, qui les identifie.

Leur fabrication est indissociable de l’Ignat, l’abattage du cochon pratiqué le 20 décembre, jour de la Saint-Ignace. La tradition est préchrétienne dans ses racines, intégrée au calendrier orthodoxe par superposition. L’animal est abattu à l’aube ; la famille et les voisins travaillent ensemble toute la journée pour découper, transformer et conserver l’intégralité de la carcasse. Les cârnați font partie des premières préparations, avec le caltaboș (saucisse d’abats au riz), la tobă (fromage de tête embossé dans l’estomac), les sângerete (boudin noir) et la slănină (lard salé). Le repas collectif qui clôt la journée, la pomana porcului (littéralement l’aumône du cochon), réunit tous les participants autour de viandes grillées, de polenta et de țuică (eau-de-vie de prune).

Les variantes régionales portent sur la proportion de gras (plus élevée en Moldavie, plus faible en Transylvanie), sur la présence ou l’absence de paprika fort, et sur le mode de conservation. En Transylvanie et dans le Banat, le fumage au hêtre est systématique et prolongé, ce qui donne des saucisses fermes et sèches. En Moldavie et en Munténie, la version fraîche, consommée dans les jours qui suivent l’abattage, est plus courante. La conservation dans le saindoux (cârnați în untură), pratiquée dans toutes les régions, permet de conserver les saucisses tout l’hiver dans un cellier sans réfrigération. Les cârnați de Pleșcoi, produits dans le village de Pleșcoi (comté de Buzău) à partir de viande de mouton et de piment, bénéficient d’une IGP européenne enregistrée en 2019.

Les cârnați se consomment poêlés ou grillés avec de la mămăligă (polenta de maïs), des cornichons marinés et de la crème aigre, ou incorporés à la tochitură moldave, un ragoût de porc dans lequel des saucisses fraîches et fumées cuisent ensemble dans du saindoux avec de l’ail.

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