Les Voyages de la Saucisse FR · EN
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Nº 068 / 144

Sremska Kobasica

Europe de l’Est et Centrale / Serbie / Voïvodine (Srem)

Saucisse fumée de porc et de bœuf au paprika, originaire de la région de Srem en Voïvodine.

Ingrédients (pour 1 kg de mêlée)
Épaule de porc maigre500 g
Poitrine de porc (avec gras)250 g
Bœuf maigre (collier ou épaule)250 g
Sel nitrité22 g
Paprika doux (douce variante)15 g
Paprika fort (ljuta variante)5 g
Poivre noir moulu3 g
Ail frais écrasé10 g
Eau glacée50 ml
Boyau de porc (Ø 28-32 mm)—
Recette
  1. Préparation : Couper les viandes en cubes de 3 cm. Réfrigérer à 0 °C pendant 2 heures.
  2. Hachage : Hacher la viande maigre à la grille de 8 à 10 mm. Hacher la poitrine à la grille de 4 à 5 mm. La coexistence de deux granulométries est caractéristique de la Sremska kobasica : morceaux de maigre visibles dans une matrice plus fine.
  3. Assaisonnement : Dissoudre le sel nitrité dans l’eau glacée. Incorporer cette saumure aux viandes, avec du paprika, du poivre et de l’ail. Pétrir pendant 4 à 5 minutes jusqu’à obtenir une mêlée collante et homogène.
  4. Repos : Couvrir et réfrigérer pendant 12 à 24 heures.
  5. Embossage : Embosser dans les boyaux de porc en chassant l’air. Former des saucisses de 25 à 30 cm. Ficeler aux extrémités.
  6. Séchage : Suspendre dans un endroit frais et ventilé (12-15 °C) pendant 12 à 24 heures pour former la peau.
  7. Fumage : Fumer à froid (25-30 °C) au bois de hêtre pendant 3 à 5 jours. La peau doit prendre une teinte brun-rouge soutenue.
  8. Affinage : Sécher à 12-15 °C et à 70-75 % d’HR pendant 1 à 3 semaines, selon le degré de fermeté souhaité.
  9. Service : Trancher en rondelles et servir froid avec du pain, des cornichons et du kajmak (fromage frais crémeux). Se poêle également en tranches épaisses avec des œufs au plat.
Notes

La Sremska kobasica tire son nom du Srem (Syrmie en français), plaine fertile de Voïvodine coincée entre le Danube et la Save, dans le nord de la Serbie. La région, grenier à blé de l’ancien Empire austro-hongrois, possède une tradition d’élevage porcin et de charcuterie fumée dont la Sremska est le produit le plus connu. La race porcine Mangalica, développée au XIXe siècle par le croisement de souches locales hongroises avec la race serbe Šumadija, y était traditionnellement utilisée pour sa graisse abondante. Les versions contemporaines emploient des races industrielles, mais quelques producteurs artisanaux de Šid et de Sremska Mitrovica perpétuent l’usage du porc Mangalica.

Le double hachage à deux grilles est la signature technique de cette saucisse. La viande maigre, passée à la grille large, conserve des morceaux visibles qui donnent à la tranche sa mosaïque caractéristique de rouge et de blanc. La poitrine, passée à la grille fine, constitue la matrice qui lie l’ensemble. Ce contraste de textures distingue la Sremska des saucisses émulsionnées comme la Frankfurter et la rapproche, par sa logique, de la saucisse de Toulouse ou de la Cumberland sausage.

Le paprika, doux et fort en proportions variables selon les familles et les producteurs, est l’épice dominante. La version ljuta (piquante) contient une proportion de paprika fort plus élevée et constitue une variante distincte dans les boucheries serbes. L’ail, moins abondant que dans la kovbasa ukrainienne voisine, est présent sans dominer.

Sa fabrication est liée à l’abattage hivernal du cochon, tradition partagée avec la Hongrie (disznóvágás), la Roumanie (Ignat) et d’autres pays de la région. Dans le Srem, cet abattage collectif se pratique en novembre et en décembre, lorsque les températures permettent le fumage et le séchage naturels. La Sremska Kobasicijada de Šid, festival annuel, réunit des producteurs artisanaux et industriels autour de concours de fabrication et de dégustation.

La Sremska kobasica est consommée dans toute la Serbie et dans l’ancienne Yougoslavie. Elle figure sur les plateaux de charcuterie (meze) servis en entrée, tranchée finement avec du kajmak, des poivrons marinés et du pain blanc. Elle se poêle aussi en tranches épaisses et se sert avec des œufs au plat et de l’ajvar (un condiment de poivrons grillés). Les boucheries de la diaspora serbe en Allemagne, en Autriche et en Amérique du Nord la commercialisent sous vide, souvent aux côtés du kulen (une saucisse sèche traditionnelle très épicée) et du sucuk.

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