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Nº 091 / 144

Karta (Қарта)

Asie centrale, Caucase et monde turcique / Kazakhstan

Gros intestin de cheval retourné et farci de graisse chevaline. Le contenant est aussi l’ingrédient : l’intestin retourné expose sa couche interne graisseuse, qui fond partiellement à la cuisson.

Ingrédients (le rectum de cheval représente une part importante de la masse embossée)
Graisse de cheval (flanc ou péritoine)500 g
Sel marin20 g
Poivre noir moulu3 g
Cumin moulu (optionnel)5 g
Rectum de cheval (proche de 500 g à 1 kg)1 pièce entière
Recette
  1. Nettoyage : Nettoyer le gros intestin à l’eau courante, puis gratter la surface externe. Retourner l’intestin comme un gant - la couche interne graisseuse se retrouve à l’extérieur.
  2. Farce : Couper la graisse de cheval en lanières épaisses. Saler, poivrer et saupoudrer de cumin. Introduire les lanières de graisse dans l’intestin retourné.
  3. Fermeture : Nouer les deux extrémités avec de la ficelle alimentaire.
  4. Cuisson : Plonger dans une grande marmite d’eau salée. Porter à ébullition, puis cuire à feu doux pendant 2 à 2 h 30. L’intestin doit être tendre et la graisse fondante.
  5. Repos : Sortir le karta et le laisser refroidir pendant 30 minutes.
  6. Service : Trancher en rondelles d’une épaisseur de 2 cm et servir tiède avec du beshbarmak (nouilles plates au bouillon de viande) et du kurt (fromage sec kazakh).
Notes

Le karta complète le triptyque charcutier kazakh avec le kazy et le shuzhuk. Sa logique de fabrication est radicalement différente de celle des deux autres : le gros intestin du cheval est retourné sur lui-même, exposant la couche de graisse qui tapisse naturellement sa paroi interne. L’intestin est à la fois le contenant et le contenu, ce que le mot karta traduit en kazakh, puisqu’il désigne le gros intestin sans distinguer l’organe de la préparation qui en est issue.

La technique du retournement n’a pas d’équivalent documenté dans la charcuterie européenne ou moyen-orientale. La graisse chevaline exposée par le retournement, plus riche en acides gras insaturés que le suif de bœuf, reste semi-liquide à température ambiante. Les lanières de graisse de flanc, assaisonnées de sel, de poivre et de cumin, sont introduites dans l’intestin retourné, dont les deux extrémités sont nouées. Le pochage prolongé fond partiellement cette graisse et produit une texture gélatineuse et dense.

L’étymologie est turco-mongole, commune à plusieurs langues de la famille. Sa présence dans toutes les langues turques d’Asie centrale témoigne de l’ancienneté de cette préparation au sein de la culture nomade, bien avant l’essor des États-nations modernes. Les premières descriptions écrites figurent dans des sources ethnographiques russes du XIXe siècle, lors des campagnes de recensement des pratiques alimentaires menées par l’administration impériale.

Comme le kazy et le shuzhuk, le karta est préparé lors du soğım (voir la fiche du kazy). Sa place dans les repas festifs est celle d’une pièce de prestige : servi en rondelles épaisses et tièdes, avec le beshbarmak (karta bouilli sur des nouilles plates avec une sauce aux oignons) et du kurt (petites boulettes de lait fermenté, salées et séchées), il est réservé aux convives d’honneur.

Le livre

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