Käsekrainer
Saucisse viennoise créée dans les années 60, fourrée de dés de fromage qui fondent à la cuisson et forment des poches coulantes. Produit des würstelstände, les stands de rue nocturnes de Vienne.
| Porc maigre (épaule) | 600 g |
| Lard de dos | 250 g |
| Fromage à pâte dure en dés de 5 à 7 mm (Emmental ou Gouda) | 150 g |
| Sel nitrité | 20 g |
| Poivre blanc moulu | 2 g |
| Ail frais écrasé | 5 g |
| Muscate râpée | 1 g |
| Marjolaine séchée | 2 g |
| Eau glacée | 80 ml |
| Boyau de porc (Ø 28-32 mm) | — |
- Préparation : Couper les viandes en cubes. Congeler partiellement. Couper le fromage en petits dés réguliers de 5 mm et le réfrigérer.
- Hachage : Hacher finement les viandes au cutter, en incorporant l’eau glacée pour obtenir une émulsion lisse.
- Assaisonnement : Incorporer le sel nitrité, l’ail et les épices. La mêlée doit être très froide (< 10 °C) avant d’incorporer le fromage.
- Incorporation du fromage : Mélanger délicatement les dés de fromage froids dans la mêlée à la main. Ne pas mixer - les dés doivent rester entiers et visibles.
- Embossage : Embosser délicatement pour ne pas écraser les dés de fromage. Former des saucisses de 15 à 18 cm.
- Repos : Réfrigérer 12 h.
- Fumage : Fumer à chaud (70-75 °C) au bois de hêtre pendant 1 à 2 h jusqu’à coloration dorée.
- Pochage : Pocher pendant 15 à 20 minutes à 75 °C.
- Service : Griller ou poêler jusqu’à ce que le fromage commence à suinter. Servir avec du pain et de la moutarde forte (Kremser Senf).
La käsekrainer est un produit récent. Son nom signifie littéralement saucisse de Carniole au fromage, en référence à la kranjska klobasa slovène dont elle est une variante développée à la fin des années 60 en Haute-Autriche. Elle ne bénéficie d’aucune protection géographique.
Son origine documentée remonte au würstelstand viennois. Ce réseau de stands de rue trouve son origine au XIXe siècle, lorsque la municipalité de Vienne commença à délivrer des concessions de vente ambulante de saucisses aux blessés de guerre et aux invalides, une mesure d’assistance sociale qui créa des points de vente progressivement sédentarisés. Ces stands devinrent des points fixes de quartier, transmis de génération en génération. Il en subsiste environ deux cents à Vienne aujourd’hui, ouverts tard le soir et souvent toute la nuit. Helmut Qualtinger, figure de la satire autrichienne, y voyait un symbole d’égalité sociale, soulignant qu’il s’agissait de l’un des rares lieux où des personnes issues de milieux différents se côtoyaient dans les mêmes conditions.
La contrainte technique centrale est liée aux dés de fromage. Des dés trop petits fondent entièrement dans la mêlée pendant le fumage et disparaissent ; des dés trop gros coulent prématurément avant que la mêlée ne soit stabilisée. La fenêtre acceptable en termes de dimensions se situerait entre 5 et 7 mm de côté. Les dés sont incorporés à la main dans une mêlée maintenue à une température inférieure à 10 °C, puis la saucisse est réfrigérée avant le fumage afin de fixer leur position au sein de la masse. Lors du grillage final, le fromage suinte par les pores du boyau, phénomène que les Viennois désignent par l’expression der käse weint, le fromage pleure.
La käsekrainer est la saucisse la plus commandée sur les würstelstände de Vienne. Les autres saucisses proposées sur ces stands incluent la Frankfurter, la bratwurst et la krainer, version sans fromage. La distinction entre ces produits est bien établie auprès de la clientèle habituelle. Aucune variante régionale codifiée n’existe en dehors du cadre viennois.
Elle se consomme debout, avec un semmel tranché (petit pain blanc traditionnel allemand), de la moutarde forte (kremser senf) et un cornichon, sans assiette ni couverts. Ce mode de service est commun à toutes les saucisses des würstelstände .
La käsekrainer reste un produit essentiellement viennois, peu diffusé hors d’Autriche dans sa forme originale. Des imitations sont produites dans d’autres pays européens sous divers noms, mais sans lien documenté avec la version viennoise. Sa notoriété internationale reste limitée au tourisme culinaire.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.