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Nº 003 / 144

Sanguinaccio salato

Europe de l’Ouest / Italie

Boudin de sang à cuire, présent dans toute la péninsule sous de multiples noms régionaux. Sa préparation accompagne traditionnellement l'abattage hivernal du cochon.

Ingrédients (pour 1 kg de mêlée)
Sang de porc frais (filtré)400 g
Gras de gorge ou panne250 g
Couenne blanchie200 g
Oignon100 g
Mie de pain trempée dans du lait50 g
Sel fin18 g
Poivre noir moulu3 g
Cannelle moulue1 g
Muscade râpée1 g
Clou de girofle moulu1 g
Feuille de laurier1
Boyau de bœuf (Ø 50 mm)—
Recette
  1. Préparation du sang : Recueillir le sang à l'abattage et le fouetter immédiatement pendant 15 à 20 minutes pour éviter la coagulation. Filtrer à travers une fine étamine. Conserver à 4 °C.
  2. Préparation des autres ingrédients : Blanchir la couenne pendant 5 minutes à l'eau bouillante, la rafraîchir, puis la hacher à la grille de 3 mm. Hacher le gras de gorge à la grille de 8 mm. Suer l'oignon haché dans un peu de gras. Tremper la mie de pain dans du lait tiède, puis la presser.
  3. Mélange : Dans un grand récipient froid, mélanger délicatement le sang, le gras, la couenne, l'oignon, la mie de pain et l'ensemble des épices. Travailler avec une spatule en bois (jamais avec un instrument métallique qui accélère la coagulation). Vérifier l'assaisonnement en cuisant une petite portion.
  4. Embossage : Embosser dans le boyau de bœuf en évitant les bulles d'air. Former des saucisses de 15 à 20 cm. Lier aux deux extrémités.
  5. Cuisson : Pocher dans une grande quantité d'eau frémissante (85 °C) avec la feuille de laurier, sans jamais faire bouillir. Cuire pendant 45 minutes à 1 heure selon le diamètre. Le sanguinaccio est cuit lorsque la piqûre d'une aiguille ne fait plus sortir de liquide rouge.
  6. Refroidissement : Sortir délicatement, puis laisser refroidir à l'air libre. Réserver au frais.
  7. Service : Trancher en rondelles de 1 cm, puis poêler à feu doux dans un peu de saindoux jusqu'à caramélisation. Servir chaud avec polenta, pommes de terre bouillies ou pommes poêlées.
Notes

Le sanguinaccio est l'un des produits charcutiers italiens aux appellations les plus nombreuses. Aux côtés du nom standard, on relève au moins une quinzaine de noms régionaux : boudin en Vallée d'Aoste, bodin au Piémont, sanganèl au Frioul, berodu en Ligurie, marzapane en Lombardie, biroldo et mallegato en Toscane, sangunazz dans les Pouilles, sangiari en Calabre, sangeli en Sicile, buddeddas en Sardaigne, etc. Chaque vallée a développé sa propre version, sans modèle national de référence.

L'étymologie est latine et transparente : sanguine(m) augmenté du suffixe -aceus, qui dans son emploi neutre ancien, indique la nature de quelque chose. Cette formation s'oppose à la lignée du boudin français et du budino italien, issue du latin botellus (boyau d'animal). L'italien moderne a hérité des deux mots, qui désignent aujourd'hui des produits distincts : sanguinaccio pour le boudin de sang, budino pour le pudding sucré, ce dernier sens importé de l'anglais au XIXe siècle.

Le principe du boudin embossé et poché est ancien : Apicius en donne une recette dans le De re coquinaria (livre II, chapitre III), à base de jaunes d'œufs, de pignons et de légumes, sans sang. Le sanguinaccio en est une variante au sang, attestée plus tardivement. La cannelle, la muscade et le clou de girofle de plusieurs recettes régionales perpétuent le profil aromatique de la charcuterie médiévale italienne, où les épices d'importation orientale étaient incorporées aux préparations populaires bien après leur disparition de la cuisine de cour.

Le sanguinaccio accompagne l'abattage hivernal du cochon, traditionnellement fixé autour du 17 janvier, fête de Sant'Antonio Abate, patron des animaux et des arts ruraux. Il exige du sang frais recueilli à l'égorgement et se prépare dans les heures qui suivent, ce qui en a longtemps fait une préparation domestique plutôt que commerciale.

Sa fabrication a été frappée en 1992 par l'interdiction italienne de la vente au détail de sang de porc frais (mesure sanitaire). Le produit n'a pas disparu, mais a quitté les circuits commerciaux : il survit dans les productions familiales, dans quelques PAT (Prodotto Agroalimentare Tradizionale) reconnus au niveau régional, comme le sanguinaccio leccese des Pouilles ou la mustardela piémontaise, et dans deux présidi Slow Food, le biroldo della Garfagnana en Toscane et la susianella di Viterbo dans le Latium.

Plusieurs variantes méritent d'être citées. Le biroldo della Garfagnana incorpore les abats de porc cuits puis hachés, mêlés au sang et aux graines de fenouil sauvage, embossés en grand boudin sphérique, tranché froid à l'apéritif. Le boudin valdôtain, PAT, ajoute des pommes de terre bouillies et de la betterave rouge qui colore la pâte. Le berodu ligure se distingue par ses pignons de pin et son lait entier. Une dernière variante échappe au registre salé : le sanguinaccio dolce, boudin de sang sucré au chocolat préparé pour le Carnaval, qui fait l'objet d'une fiche distincte.

Le livre

Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.

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