Sucuk
Saucisse de bœuf ou d’agneau au cumin et à l’ail, traditionnellement séchée. La version fraîche présentée ici est celle d’avant séchage. Le sucuk a essaimé dans l’ensemble des Balkans et du monde turcique, engendrant des variantes présentées dans des fiches séparées.
| Bœuf maigre (rumsteck ou rond) | 800 g |
| Graisse de bœuf ou d’agneau | 200 g |
| Sel fin | 25 g |
| Ail frais écrasé | 15 g |
| Cumin moulu | 8 g |
| Piment rouge en flocons | 5 g |
| Poivre noir moulu | 3 g |
| Paprika fort | 8 g |
| Sumac (facultatif) | 2 g |
| Boyau de bœuf (Ø 32-38 mm) | — |
- Préparation : Couper la viande et la graisse en cubes. Refroidir à -2 °C.
- Hachage : Hacher finement à la grille de 4 à 5 mm. La texture doit être serrée.
- Assaisonnement : Mélanger intimement la viande avec tous les assaisonnements. Pétrir vigoureusement 5 à 7 minutes.
- Maturation : Couvrir et réfrigérer pendant 48 à 72 h, en remuant une fois par jour. Cette étape développe les saveurs.
- Embossage : Embosser très fermement en chassant tout l’air. Former des saucisses de 25 à 30 cm de long en fer à cheval.
- Pressage : Placer sous un poids pendant 24 h pour façonner la forme aplatie caractéristique.
- Option fraîche : Griller immédiatement ou…
- Option séchée : Suspendre pendant 3 à 4 semaines à 12 à 15 °C et à 70 à 75 % d’HR jusqu’à la perte de 40 % du poids.
Le sucuk est reconnaissable entre toutes les saucisses séchées par sa section aplatie et sa forme en fer à cheval. Ce profil résulte d’un pressage sous poids répété pendant le séchage, qui chasse l’humidité plus rapidement et plus uniformément qu’un boyau cylindrique et produit, à la coupe, une tranche en losange ou en ovale. Le cumin, l’ail et le piment rouge dominent l’assaisonnement. L’absence totale de porc fait du sucuk une saucisse pleinement compatible avec les prescriptions alimentaires islamiques et juives, contrainte qui a structuré une tradition charcutière alternative dans l’ensemble du monde musulman et sépharade.
Son étymologie reste débattue. Le terme turc sucuk, dont dérivent le sudžuk bosnien, le sujuk arménien et géorgien, le soujouk levantin et le soudjouk grec, est d’origine incertaine : certains étymologistes le rattachent au persan, d’autres à une racine turque désignant la graisse animale. Ce qui est attesté, c’est que la préparation précède l’Empire ottoman. Des saucisses séchées épicées à base de viande bovine ou équine, embossées dans des boyaux et séchées à l’air, sont connues chez les peuples turcs nomades d’Asie centrale bien avant la conquête de l’Anatolie au XIe siècle. C’est l’expansion ottomane entre le XIVe et le XVIIe siècle qui a diffusé le sucuk dans les Balkans, le Levant, le Caucase et l’Égypte.
Sa diffusion géographique témoigne directement de l’empreinte ottomane. On le retrouve sous des noms voisins dans tout l’ancien espace d’influence de l’Empire : sucuk en Turquie, sudžuk en Bosnie et en Serbie, sujuk en Arménie, en Géorgie et en Azerbaïdjan, soujouk dans les communautés arabes du Levant. Partout se retrouvent la même forme en fer à cheval, la même section aplatie, le même assaisonnement dominé par le cumin.
Son usage culinaire varie selon sa forme. Le sucuk séché se consomme en fines tranches à l’apéritif. La version fraîche se grille à la poêle, sur une surface très chaude, les tranches épaisses libérant leurs graisses épicées pour parfumer les œufs au plat ou le fromage fondu. Le sucuklu yumurta (œufs au sucuk) du petit-déjeuner turc est l’un des usages les plus ancrés de la cuisine quotidienne.
Le sucuk turc est aujourd’hui produit à grande échelle par des industriels nationaux qui en exportent vers l’Europe et le monde arabe, au prix d’une standardisation qui efface les variations régionales artisanales : le sucuk d’Afyonkarahisar, réputé pour sa proportion plus élevée d’ail, ou celui de Kayseri, plus sec et plus affiné, tendent à disparaître du commerce de masse. Hors de Turquie, la popularisation des cuisines ottomanes et moyen-orientales depuis les années 2010 a élargi leur présence dans les épiceries turques, arabes et arméniennes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. Le sudžuk bosnien frais, la lukanka bulgare et le soudjouk arménien de Beyrouth constituent autant de branches autonomes d’un même arbre dont l’Asie centrale nomade reste la racine commune.
Le livre
Les 144 recettes et leurs histoires, réunies en un seul volume.