Europe du Nord & Scandinavie
12 fichesLa cardamome est présente dans la fläskkorv suédoise, certaines saucisses danoises et les pains de Noël scandinaves depuis le Moyen Âge. Une tradition répandue attribue son arrivée aux expéditions vikings vers Constantinople, entre les IXe et XIe siècles, par les fleuves russes ; une hypothèse concurrente, avancée par l’archéologie culinaire scandinave, privilégie une route passant par l’Ibérie mauresque et les réseaux hanséatiques. La première mention scandinave figure dans le Libellus de arte coquinaria, recueil dont le plus ancien manuscrit conservé, à Copenhague, remonte à la fin du XIIIe siècle. Les charcuteries nordiques, que l’on associe souvent à la nécessité et à l’isolement, ont en fait été façonnées de longue date par des échanges lointains.
La Hanse constitue le vecteur le mieux attesté de transfert technique. Ce réseau de villes marchandes, qui dominait le commerce de la Baltique et de la mer du Nord entre le XIIIᵉ et le XVIIᵉ siècle, a diffusé les techniques du fumage, de l'embossage et de l'assaisonnement de l'Allemagne du Nord jusqu'aux ports danois, suédois et finlandais. La medisterpølse danoise porte dans son nom la trace directe du bas-allemand mettwurst.
La falukorv suédoise descend des saucisses fumées introduites dans les mines de cuivre de Falun au XVIe siècle par les mineurs allemands qui y travaillaient. Ces apports hanséatiques se sont adaptés aux céréales locales — orge perlé, seigle, fécule de pommes de terre — et aux bois disponibles : bouleau, aulne et genévrier, qui confèrent aux fumages nordiques un profil aromatique propre, éloigné de celui du hêtre, plus commun en Europe de l’Ouest.
Une touche sucrée marque presque toutes les charcuteries nordiques : du sirop de malt dans le blodpudding suédois, du sucre dans la prinskorv, de la mélasse dans le maksamakkara finlandais. Les boudins céréaliers en forment un autre trait commun : le mustamakkara de Tampere à l’orge, le blóðmör islandais au seigle et au suif, le ryynimakkara finlandais au gruau d’orge croisent une technique européenne de valorisation du sang avec des céréales propres au Grand Nord.
L’Islande a développé sa charcuterie dans un isolement prolongé. Peuplée depuis le IXe siècle par des colons norvégiens, elle a produit des préparations simples adaptées aux contraintes d’une île subarctique : le blóðmör et le slátur, préparés dans la panse du mouton avec du sang, du suif et de la farine de seigle, appartiennent au þorramatur, assortiment de plats hivernaux traditionnels. Le pylsur marque la rupture contemporaine avec cet héritage. C’est un hot-dog à l’agneau, servi dans les stands de rue de Reykjavík ; le tourisme a accru sa notoriété internationale depuis les années 2000.
La Finlande abrite à elle seule des traditions sans rapport les unes avec les autres. Le mustamakkara de Tampere, boudin noir à l’orge servi avec de la confiture d’airelles et un verre de lait froid, est une saucisse urbaine liée à l’identité d’une ville industrielle. La poronkäristys-makkara, saucisse de renne fumée au bois de bouleau, relève de l’économie pastorale des Sami de Laponie. Ces deux saucisses contemporaines, séparées par quelques centaines de kilomètres, ont des origines sans rapport les unes avec les autres.
Longtemps confinées à leurs marchés nationaux, les charcuteries scandinaves connaissent depuis les années 2010 une diffusion internationale portée par l’intérêt pour la cuisine nordique. La falukorv et l’isterband suédois figurent dans les épiceries spécialisées d’Europe de l’Ouest, et le smørrebrød (tartine de seigle danois) a acquis une visibilité internationale grâce à la gastronomie de Copenhague. En sens inverse, les communautés d’immigration du Moyen-Orient et d’Afrique installées en Scandinavie ont introduit des saucisses d’agneau et des préparations épicées qui coexistent désormais aux côtés des productions traditionnelles dans les supermarchés des grandes villes nordiques.
Verivorst
Boudin noir estonien à l’orge perlé et au sang de porc, assaisonné à la marjolaine. C’est le plat national de Noël estonien : on le sert rôti avec de la confiture d’airelles et de la choucroute.
Vėdarai
Saucisse lituanienne dont l’ingrédient principal n’est ni la viande ni le sang, mais la pomme de terre crue râpée. Embossée dans un gros boyau avec du lard, rôtie au four jusqu’à ce que la croûte soit dorée, puis servie avec de la crème aigre.
Medisterpølse
Saucisse danoise longue et épaisse, assaisonnée de clous de girofle et de piment de la Jamaïque. On la fait poêler, puis on la sert avec des pommes de terre et une sauce brune.
Falukorv
Grande saucisse fumée d’origine minière : sa création est liée aux mines de cuivre de Falun, où les peaux de bœuf servaient à fabriquer des cordes de levage, et les restes de viande étaient transformés en saucisse.
Fläskkorv
Saucisse de porc suédoise du quotidien. Son nom signifie « saucisse de porc ». Elle se sert pochée ou grillée avec de la purée de pommes de terre et de la confiture d’airelles.
Blodpudding
Boudin noir suédois à la farine de seigle, ferme et tranchable. Il se frit en tranches épaisses et se sert avec de la confiture d’airelles et du bacon. Classique du Julbord de Noël.
Isterband
Saucisse fumée et légèrement fermentée du Småland, dont le gruau d’orge ou la pomme de terre ajoutée à la mêlée confèrent une acidité et une texture distinctives.
Prinskorv
Petite saucisse cocktail du Julbord (buffet de Noël suédois). Selon la version la plus répandue, son nom (saucisse du prince) viendrait d’un goût exprimé par un jeune prince de la maison royale.
Mustamakkara
Boudin noir de Tampere, fierté culinaire de la ville depuis le XIXe siècle, quand les ouvriers des usines textiles l’achetaient chaud aux marchandes du Tammelantori (place de marché de Tampere). Il se mange avec de la confiture d’airelles, debout, sur le marché.
Poronkäristys-Makkara
Saucisse de renne, viande maigre et giboyeuse, mélangée à du porc pour l’onctuosité, légèrement fumée au bouleau. Spécialité des éleveurs de rennes de la Laponie finlandaise.
Grillpølse
Saucisse de barbecue norvégienne, émulsionnée, légèrement fumée et assaisonnée au gingembre et à la cardamome. Le gingembre dans une saucisse de type Francfort est un trait scandinave.
Blóðmör
Boudin noir islandais, cuit dans une panse de mouton, avec du suif et de la farine de seigle. Il fait partie du þorramatur, un assortiment de préparations traditionnelles servies pendant le mois de Þorri (janvier-février), dont la rudesse revendiquée tient lieu de fierté nationale.